mardi 29 septembre 2026

Thélyson Orélien ou l'illusion du génie

Le cas Thélyson Orélien, qui fait la une de l'actualité, nous le rappelle, car nous l'aurions presque oublié, le génie ne s'improvise pas, le génie n'est pas un don inné.

L'inspiration du poète, Nicolas Poussin, 1629    
 

Nietzsche, dans son essai Humain, trop humain (1878) nous mettait déjà en garde contre cette croyance : il n'y a pas d'inspiration divine, de muse céleste, de grâce artistique. Le génie nait du travail acharné de l'écrivain, de l'artiste.
"Tous les grands hommes sont de grands travailleurs, infatigables non seulement à inventer, mais encore à rejeter, passer au crible, modifier, arranger." écrit Nietzsche (aphorisme 155).
Quelques pages plus loin, le philosophe précise : "Nommer quelqu'un "divin", c'est dire : "ici nous n'avons pas à rivaliser". En outre : tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or personne ne peut voir dans l’œuvre de l'artiste comment elle s'est faite ; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. L'art achevé de l'expression écarte toute idée de devenir : il s'impose tyranniquement comme une perfection actuelle. (aphorisme 162),

Devant le soupçon de roman écrit par une IA, c'est précisément ce que l'on somme à Thélyson Orélien et à ses éditeurs de produire : le processus créateur. Comment son œuvre s'est faite ? La demande est d'autant plus véhémente que l'auteur a été présenté comme un génie de la littérature.
Jugez plutôt.
Son roman C'était ça ou mourir est estampillé par son éditeur français "Premier roman", ce qu'il n'est pas, puisqu'il en a publié deux autres auparavant, Éternels amants en 2023, Le rêve de la mer Noire en 2025. Faire de Thélyson Orélien l'auteur d'un premier roman remarquable, c'est le placer (faussement ici) du coté du talent hors-norme, 
du génie précoce.
Un génie universel, qui plus est, puisque la publication de son œuvre est un "phénomène mondial", en cours de traduction dans plus de vingt pays.
"Premier roman", enfin, encensé par la critique et le milieu littéraire. Pour preuve, ces propos de l'écrivaine Amélie Nothomb et du dessinateur Luz dans l'émission La grande librairie du 2 septembre dernier :
"C'est vraiment un livre prodigieux", commence par dire la première en s'adressant 
à l'auteur, puis d'ajouter : "C'est vraiment un tour de force, votre livre." Luz n'est pas en reste : "Pour moi, c'était un livre nécessaire, parce que le siècle d'avant a manqué de Hugo, et là, vous arrivez avec quelque chose qui est absolument hugolien. Chaque phrase porte en elle une possibilité d'aphorisme."

Présenter Thélyson Orélien comme un génie de la langue, un auteur prodigieux à la hauteur d'un Victor Hugo, permet d'occulter ce qui relève du processus créateur, du travail de création. Le génie n'a pas besoin de se prouver, il est à lui-même sa propre cause.

Ni immédiate, ni inspirée, l’œuvre littéraire est le fruit d'un processus long et exigeant. A moins de faire appel à une muse nouvelle, la muse IA. Certains s'effrayent de ce génie artificiel qui égale ou surpasse le nôtre, d'autres y voient une prodigieuse manière de continuer d'inventer.

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