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mercredi 30 novembre 2022

Enseigner avec le cinéma

C'est généralisé à tous les enseignements, le cinéma est aujourd'hui une porte d'entrée pédagogique des plus efficace. Sans réduire mes exigences en matière de lecture et d'interprétation de textes littéraires, j'utilise très régulièrement des extraits d'œuvres cinématographiques dans mes cours d'enseignement de spécialité Humanités, littérature, philosophie, dans un aller-retour entre séquences de film et extraits littéraires.
On trouvera ICI une programmation cinéma/littérature pour l'enseignement de la spécialité en classe de terminale.

Avatar (James Cameron, 2009), Blade runner (Ridley Scott, 1982), Full metal jacket (Stanley Kubrick), No man's land (Danis Tanovic, 2001), Docteur Jekyll et Mr Hyde (Victor Flemng, 1941), La leçon de piano (Jane Campion, 1993), Les 400 coups (François Truffaut, 1959) sont quelques-uns des films exploités.


Nul doute que des enseignants de français, de lettres, de philosophie ou de FLE, y trouveront des pistes d'exploitation pédagogique en fonction des entrées thématiques de leur enseignement.

mercredi 1 septembre 2021

Etudier un film d'Hitchcock sur la question de l'identité

Dans son étude sur l'identité, Loin de moi, le philosophe Clément Rosset illustre son propos par une analyse du film d'Alfred Hitchcock Une femme disparaît. ll aurait pu également prendre pour exemple La mort aux trousses, qui aurait pu avoir pour titre Un homme apparaît.  C'est en effet dans la peau et le corps d'un moi social vide, créé de toutes pièces par le Renseignement américain, celui d'un dénommé George Kapkan, que se glisse le personnage interprété par Gary Grant.

R.O.T. les initiales du héros interprété par Gary Grant

C'est donc dans le sillage des réflexions de Rosset que je souhaite déployer cette présentation d'exploitation pédagogique du célèbre film du réalisateur britannique.

La question qui servira alors de fil rouge peut se formuler de deux manières : qu'est-ce qui fonde notre identité, notre moi ? Quand suis-je moi-même ? 

Les métamorphoses du moi

Partons du film d'Hitchcock pour mettre en perspective cette thématique que nous trouvons dans le programme de la spécialité Humanités, littérature, philosophie.

Dans La mort aux trousses, le chef des services d'espionnage américain affirme à propos de leur espion inventé de toutes pièces, celui-là même dont le héros, Roger Thornill, va endosser l'identité : "Notre personnage fantôme vient de prendre corps." 

Autrement dit, en première analyse, ce qui fonderait notre identité propre, notre moi, ce serait notre corps, ce corps qui nous fait traverser le monde, exister au monde. Pourtant, notre corps vieillit, il change et ne reste pas identique à lui-même.

Le corps n'est donc qu'une enveloppe, un moi apparent.

Le corps change, disions-nous. N'en est-il pas de même du moi ? N'en est-il pas ainsi de Roger Thornill, qu'interprète Gary Grant ? En acceptant de devenir un autre, George Kaplan, il change, il se change, se métamorphose et devient lui-même.

Voici posés les termes de la thématique.

Le moi est insaississable : c'est donc un moi social que nous offrons au regard des autres, un moi que nous habillons et que nous parons.

Souvenons-nous du philosophe Pascal, et de l'idée selon laquelle ce n'est pas la personne elle-même que nous aimons, mais ses qualités, physiques, intellectuelles, morales, qui sont "périssables".

La recherche de soi

Alors le moi ne serait qu'apparence, illusion ? Et de toute recherche de soi, toute introspection (pour reprendre la critique de Rosset dans l'essai cité) vaine ?

Faisons à nouveau appel à notre personnage hitchcockien pour répondre : si l'on suit toutes les péripéties de Roger Thornill (jusqu'à la fameuse scène au mont Rushmore), nous nous rendons compte qu'il accepte de devenir un autre pour devenir lui-même, et cela sous le regard d'Eve, l'espionne tombée amoureuse de lui, qui le fait définitivement abandonner sa vie rangée et devenir un James Bond. C'est Eve qui pousse Thornill à devenir un autre soi-même, c'est dans son regard qu'il se métamorphose.

Autrement dit, je ne suis moi-même que par et pour l'autre.

Thornill métamorphosé en porteur et Eve


Le guidage pédagogique

Pour parvenir avec des élèves à cette conclusion, nous pourrons les guider avec cette série de questions sur le film d'Hitchcock, réalisé pour mémoire en 1959 :

1. A quel problème d'identité se heurte le personnage principal du film, Roger O. Thornill ?
La question a trait au quiproquo identitaire, point de départ de l'intrigue.

2. Que sait-on de la personne nommée George Kaplan jusqu'à la 37ème minute du film ?

La réplique, acerbe et drôle,de Mme Thornill mère, "il est possible que ses costumes le transforment en homme invisible", pourra être là commentée.

3. Pourquoi peut-on dire que le film est le récit d'une métamorphose, celle de Thornill ? Caractérisez les différentes identités qui sont les siennes au cours du film.

4. Qu'est-ce que nous enseigne le film d'Hitchcock de l'identité d'une personne ?

mercredi 11 avril 2018

Découvrir la collection Ciné-roman

Ciné-roman


Professeurs de FLE, nous utilisons aujourd'hui fréquemment courts-métrages et extraits de film comme support d'activité, autant en réception qu'en production. Professeurs de lettres, nous avons recours à la séquence de film pour appuyer la lecture et l'analyse de textes littéraires, tout aussi fréquemment.

Grâce à la collègue documentaliste de mon établissement, j'ai découvert récemment une collection, chez Actes Sud, qui réunit court-métrage de qualité et récit littéraire.


La présentation de la collection par l'éditeur ici 

Le mariage en papier, Stéphanie Duvivier, Actes Sud Junior (2010)

De l'image à l'écrit, de l'écrit à l'image


Le premier mouvement est de travailler par comparaison le récit écrit et l’œuvre filmique. 
Le mariage en papier s'y prête bien. Par exemple, aux quatre premiers chapitres du récit correspond le pré-générique du court-métrage. Ce sera là matière à observation et analyse avec nos élèves. Il sera pertinent de mettre en avant l'efficacité du récit en images, et de s'intéresser à l'implicite dans le récit filmique.

Des questions relatives au traitement esthétique et à la narration pourront ainsi être abordées par le biais de l'étude comparée.

L'aîné de mes soucis traite d'un sujet grave, le cancer, et du regard de l'autre sur le malade. Le registre burlesque sous-tend le récit filmique : il est bien moins présent dans la version écrite. La perruque s'envolant au vent, de la maman atteinte de la maladie, constitue ainsi le leitmotiv tragi-comique du court-métrage, tandis qu'elle n'est qu'un élément du récit écrit.

L'aîné de mes soucis, Carine Tardieu, Actes Sud Junior (2005)

Dans ce type d'activité, demandons-nous aussi par quoi débuter : la lecture du roman (une oeuvre courte) ou le visionnage du film ? Comme très souvent, cela dépendra de notre projet, de notre public et de nos objectifs.

Si nous avons un objectif d'écriture, débuter par le visionnage du court-métrage, poursuivre par une activité d'écrit narratif transposant une scène précise, terminer en lisant le passage du roman correspondant sera pertinent.
Dans un projet de classe associant écriture cinématographique et analyse des procédés de narration, il sera plus intéressant de débuter par la lecture de passages du récit et de faire analyser ensuite les choix techniques et esthétiques présents dans le film.

A la rencontre des cultures


Le ciné-roman Le mariage en papier présente une thématique interculturelle intelligemment construite. Ce pourrait être le fil conducteur d'une étude du court-métrage avec nos élèves.
L'une des scènes-clés, dans la deuxième partie du film, est celle qu'illustre d'ailleurs la photo de couverture. Hébergée par sa belle petite-fille, qui ne l'est que sur le papier, la grand-mère marocaine décide de laver l'épouse de son petit-fils au gant de crin, à la façon de chez elle. 
Incompréhension se muant en compréhension de l'autre, antagonisme des cultures se muant en acceptation de la culture de l'autre, tout est dit dans ces quelques répliques (celles en italique en arabe).

- Non, n'aie pas peur. Je vais t'aider. Non, ne bouge pas. Tu ne parles même pas l'arabe, comment faire !
- Non, non merci. C'est gentil.
- Calme-toi.
- Non, ça va.
- Vous ne savez pas vous laver comme nous. 
C'est pas vrai, je ne te fais pas mal.
- Ça fait mal !
- Tu m'appelles "Moui". Tout va donc très bien. 
Donne-moi ta main.
- Aïe, aïe.
- Moi aussi "ah".
Donne-moi l'autre moi. Je vais tomber.
- Je ne comprends pas ce que tu dis.
- Dis-moi ce que tu veux, je ne comprends pas.
Mais nous sommes là, ensemble. (rires)
Ris, c'est bien.

Une scène du court-métrage à analyser dans le détail et à lire dans la version papier.