mercredi 13 juin 2018

Faire progresser à l'oral

Voici une activité qui se prête bien à une préparation de l'épreuve de production orale du DELF, niveau A2 (monologue suivi) ou B1 (entretien dirigé), puisqu'il s'agit de faire travailler à l'oral le récit au passé.



La tâche à réaliser comporte un sujet (raconter un événement marquant de son enfance), une consigne de longueur (parler de façon continue pendant au moins une minute), une consigne linguistique et pragmatique (exprimer un sentiment), des contraintes implicites (emploi du passé composé et de l'imparfait, et de connecteurs temporels).
Si besoin, un exemple de production d'élèves enregistré permettra de rendre explicite ces contraintes.

De façon à individualiser l'apprentissage, il est alors intéressant d'avoir recours au numérique en demandant aux élèves de s'enregistrer et de déposer leur production sur un mur virtuel, de type Padlet (l'application permet de s'enregistrer directement à partir du mur collaboratif créé).

Deux déroulements, présentant un étayage différent de l'activité sont possibles. Le premier est de demander aux élèves d'écrire leur texte sur le mur, de le corriger et de le valider, avant de leur demander de s'enregistrer. Dans ce cas, la compétence discursive fait l'objet d'une attention plus grande.

Le second est de leur demander uniquement de s'enregistrer. Dans ce deuxième cas de figure, l'objectif de l'activité est de travailler la spontanéité et le naturel à l'oral, pour un public B1. Il est alors possible de commenter individuellement, ou en groupe classe, la production de chaque élève (prononciation, intonation, en particulier) : une deuxième production peut être demandée pour faire progresser les apprenants.

Fiche pédagogique détaillée ici.

mercredi 23 mai 2018

Accepter l'instabilité numérique ?

"Le bug est consubstantiel à la matière calculée.
En d'autres termes, la matière numérique est nécessairement une matière qui achoppe, qui trébuche, qui chute. On dit d'ailleurs, lorsqu'il est victime d'un bug, qu'un serveur est down ou d'un site qu'il est "planté". Et ce n'est pas seulement vrai pour le concepteur. Une fois entré dans son cycle de vie et mis entre les mains d'un usager, un programme finit toujours par produire un bug. [...]
Ryan McGuire, http://gratisography.com

Il existe, dans la matière calculée, une tendance structurelle et imprévisible au bug : c'est là la versatilité du phénomène numérique. Certains programmes sont connus pour être plus stables que d'autres, par exemple les serveurs GNU / Linux. Mais, en définitive, quel que soit le constructeur ou le développeur, existera toujours, dans un produit informatisé, une tendance irréductible à l'instabilité - sans compter les anomalies issues d'actes de malveillance comme les virus ou les attaques. Cette instabilité fait partie de la culture ontophanique avec laquelle, depuis plusieurs décennies, nous avons appris à vivre. Habitués aux aléas fonctionnels de nos ordinateurs, nous savons désormais que "ça peut planter". C'est pourquoi nous effectuons régulièrement des sauvegardes. Vivre dans l'ontophanie numérique, c'est donc vivre aux côtés d'une matière instable, à laquelle nous confions tout mais sans jamais pouvoir lui faire totalement confiance. Et nous le savons. Nous avons appris à vivre avec l'instabilité de cette matière, parfois au prix de fantasmes et de craintes délirantes comme celle du prétendu "bug de l'an 2000".
En vérité, nous acceptons mal qu'une matière aussi puissante soit à la fois aussi fragile : plus les ordinateurs sont rapides et connectés en haut débit, plus nous voulons que la machine réponde immédiatement à nos attentes. Cela nous rend de plus en plus intolérants aux bugs alors même qu'ils font partie de la nature de la matière calculée. Il manque encore une éducation à la versatilité numérique."

Stéphane Vial, L'être et l'écran, 2013, PUF, pp. 214-216

mercredi 2 mai 2018

(Ré)écouter Jacques Higelin

Les propositions d'exploitation de chansons en cours de FLE ont souvent une entrée soit lexicale, soit grammaticale. Ne négligeons pas l'entrée culturelle.

Le 6 avril dernier décédait Jacques Higelin. Nourri des chansons de Maurice Chevalier et de Charles Trenet, amateur de Boris Vian et du free-jazz, réinventeur du rock français avec le guitariste Louis Bertignac du groupe Téléphone, le chanteur est une figure majeure de la chanson française.

Il est ainsi intéressant, à travers l'écoute de trois morceaux
phares de Jacques Higelin qui éclairent son itinéraire artistique, d'explorer avec les élèves son univers et celui de la chanson française.

Le premier tube


Pars, en 1978, est sans doute le premier grand succès du chanteur. Cette chanson d'adieu et d'amour s'ouvre sur l'anaphore de l'impératif du titre et sur deux vers en référence à l'épisode biblique de Sodome et Gomorrhe :
"Pars, surtout ne te retourne pas
Pars, fais ce que tu dois faire sans moi"

Dans la Genèse, il est dit à Lot : "Sauve-toi, pour ta vie ; ne regarde pas derrière toi, et ne t'arrête pas dans la plaine ; sauve-toi vers la montagne, de peur que tu ne périsses."

Ne nous arrêterons pas à la compréhension des paroles : faisons identifier les différents instruments de l'orchestration (l'occasion d'une étude ou d'une révision lexicale), et évoquons l'accordéon, représentatif de la chanson française. 




Les paroles de la chanson ici.
 

L'hommage à Trenet


Charles Trenet (1913-2001) sortit en 1946 une chanson qui porte le même titre que celle de Jacques Higelin, sortie sur l'album éponyme en 1988 : Tombé du ciel. Variation à partir du verbe tomber, la chanson d'Higelin, pour un public B2 ou C1, permet de travailler les expressions idiomatiques. Là encore, la référence biblique est à noter.

Tombé du ciel est sans doute aussi la chanson du chanteur la plus connue et celle qui passe le plus sur les ondes.


   

Les paroles de Tombé du ciel ici.

Une affaire de famille


Dans la famille, je demande le père, Jacques, le fils, Arthur H, la fille, Izia. La musique chez les Higelin est une histoire de famille. Le père écrivit et chanta plusieurs chansons sur sa fille. La dernière figure dans le dernier album d'Higelin, en 2016 : Elle est si touchante.

C'est une très belle ballade, dont les paroles sont à lire ici. Le chanteur poète y répète la même structure linguistique : cela peut-être le prétexte à travailler la subordonnée de conséquence (si... que) et à faire produire des textes sur ce modèle :
Elle est si touchante
Qu'autour d'elle tout chante


mercredi 11 avril 2018

Découvrir la collection Ciné-roman

Ciné-roman


Professeurs de FLE, nous utilisons aujourd'hui fréquemment courts-métrages et extraits de film comme support d'activité, autant en réception qu'en production. Professeurs de lettres, nous avons recours à la séquence de film pour appuyer la lecture et l'analyse de textes littéraires, tout aussi fréquemment.

Grâce à la collègue documentaliste de mon établissement, j'ai découvert récemment une collection, chez Actes Sud, qui réunit court-métrage de qualité et récit littéraire.


La présentation de la collection par l'éditeur ici 

Le mariage en papier, Stéphanie Duvivier, Actes Sud Junior (2010)

De l'image à l'écrit, de l'écrit à l'image


Le premier mouvement est de travailler par comparaison le récit écrit et l’œuvre filmique. 
Le mariage en papier s'y prête bien. Par exemple, aux quatre premiers chapitres du récit correspond le pré-générique du court-métrage. Ce sera là matière à observation et analyse avec nos élèves. Il sera pertinent de mettre en avant l'efficacité du récit en images, et de s'intéresser à l'implicite dans le récit filmique.

Des questions relatives au traitement esthétique et à la narration pourront ainsi être abordées par le biais de l'étude comparée.

L'aîné de mes soucis traite d'un sujet grave, le cancer, et du regard de l'autre sur le malade. Le registre burlesque sous-tend le récit filmique : il est bien moins présent dans la version écrite. La perruque s'envolant au vent, de la maman atteinte de la maladie, constitue ainsi le leitmotiv tragi-comique du court-métrage, tandis qu'elle n'est qu'un élément du récit écrit.

L'aîné de mes soucis, Carine Tardieu, Actes Sud Junior (2005)

Dans ce type d'activité, demandons-nous aussi par quoi débuter : la lecture du roman (une oeuvre courte) ou le visionnage du film ? Comme très souvent, cela dépendra de notre projet, de notre public et de nos objectifs.

Si nous avons un objectif d'écriture, débuter par le visionnage du court-métrage, poursuivre par une activité d'écrit narratif transposant une scène précise, terminer en lisant le passage du roman correspondant sera pertinent.
Dans un projet de classe associant écriture cinématographique et analyse des procédés de narration, il sera plus intéressant de débuter par la lecture de passages du récit et de faire analyser ensuite les choix techniques et esthétiques présents dans le film.

A la rencontre des cultures


Le ciné-roman Le mariage en papier présente une thématique interculturelle intelligemment construite. Ce pourrait être le fil conducteur d'une étude du court-métrage avec nos élèves.
L'une des scènes-clés, dans la deuxième partie du film, est celle qu'illustre d'ailleurs la photo de couverture. Hébergée par sa belle petite-fille, qui ne l'est que sur le papier, la grand-mère marocaine décide de laver l'épouse de son petit-fils au gant de crin, à la façon de chez elle. 
Incompréhension se muant en compréhension de l'autre, antagonisme des cultures se muant en acceptation de la culture de l'autre, tout est dit dans ces quelques répliques (celles en italique en arabe).

- Non, n'aie pas peur. Je vais t'aider. Non, ne bouge pas. Tu ne parles même pas l'arabe, comment faire !
- Non, non merci. C'est gentil.
- Calme-toi.
- Non, ça va.
- Vous ne savez pas vous laver comme nous
C'est pas vrai, je ne te fais pas mal.
- Ça fait mal !
- Tu m'appelles "Moui". Tout va donc très bien. 
Donne-moi ta main.
- Aïe, aïe.
- Moi aussi "ah".
Donne-moi l'autre moi. Je vais tomber.
- Je ne comprends pas ce que tu dis.
- Dis-moi ce que tu veux, je ne comprends pas.
Mais nous sommes là, ensemble. (rires)
Ris, c'est bien.

Une scène du court-métrage à analyser dans le détail et à lire dans la version papier.